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BOKO HARAM brise le cessez-le-feu imposé par le COVID-19
14 avril 2020

La crise sanitaire mondiale imposée par le covid19 a eu pour effet immédiat la paralysie de plusieurs secteurs d’activités à l’échelle internationale. Après plus de deux mois de pandémie, l’économie mondiale est la plus affectée.  La fermeture des frontières, le manque de productivité dans les industries du fait des mesures de confinements des populations prises par plusieurs gouvernements à ce jour sont parmi tant d’autres raisons de cette déliquescence. Fait encore plus marquant, c’est la relative accalmie que l’on peut observer ici et là dans les différents champs de bataille qui structurent la scène internationale. Le fait qu’une pandémie aussi morbide soit-elle réussie à faire respecter le cessez le feu à plusieurs belligérants est en soit paradoxale, lorsqu’on sait que l’objectif premier d’une guerre armée est la destruction de l’ennemi. Un esprit mal avertit pourrait aller jusqu’à se demander pourquoi les uns et les autres ne profitent pas pour plutôt assener un coup fatal à l’ennemi. Cette lapalissade fait abstraction des réalités à la fois conjoncturelles et structurelles qui sous-tendent le déroulement d’une guerre.

Quelle logique explicative peut-on ainsi établir à la suite de ce silence presque simultané des armes sur la scène internationale ? Avant la pandémie du covid19 plusieurs conflits structuraient la scène internationale dont les plus significatifs sont : en Syrie, au Yémen, en Lybie, dans le golfe de guinée avec Boko Haram, dans le sahel avec ses différents groupes terroristes et au Cameroun avec les combattants cessessionistes. Il faut voir en ce cessez le feu généralisé évoqué par le secrétaire général de l’ONU, une corrélation entre la conjoncture imposée par le covid19 et la macro structure internationale tant institutionnelle que normative qui organise et régit les conflits. 

Sur le plan conjoncturel, la crise sanitaire en cours dans le monde captive toutes les énergies tant institutionnelles qu’individuelles pour stopper l’avancée du virus. Toutefois, il serrait incohérent de penser que les différents acteurs internationaux impliqués dans les conflits s’en sont totalement détournés. La priorité est tout simplement à l’heure actuelle à la résorption de la crise sanitaire. Ce défis conjoncturel majeur grippe considérablement toute la technostructure mobilisée autour des différents espaces de conflits. Entre frontières fermées, états-majors remobilisés, industries d’armes paralysées…La machine de guerre a du mal à se déployer. C’est la preuve que la haine et la soif de vaincre l’ennemi ne suffisent pas pour mener une guerre, encore faut-il avoir des moyens matériels, humains et financiers pour la conduire. Au-delà donc d’un simple appel à la « solidarité humaine » lancé par le secrétaire général de l’ONU, la relative atténuation des conflits participe beaucoup plus des dysfonctionnements qu’accuse aujourd’hui la structure techno-militaire internationale du fait des mesures adoptées par les Etats pour combattre le covid 19. Toutefois, l’on remarque plutôt une recrudescence des violences dans certains théâtres de conflits. C’est le cas du golfe de guinée qui depuis peu fait face à nouveau à des attaques répétées de la secte islamique Boko Haram. Comment comprendre cette recrudescence d’actes terroristes de la part de Boko Haram à l’heure du covid 19 ?

En moins d’un mois, Boko Haram a tué plus de militaires tchadiens qu’il n’en a tué depuis sa création. « Nous avons perdu 92 de nos soldats, sous-officiers et officiers (…), c’est la première fois que nous perdons autant d’hommes », a déclaré mardi 24 mars le président tchadien Idriss Déby Itno lors d’une adresse à la nation sur la chaine d’Etat. Les raisons de cette recrudescence de violence sont multiples. Ici nous élaguons quelques pistes de réflexion dans le contexte sanitaire qui prévaut. 

 A priori l’on ne saurait établir une corrélation directe entre ces nouvelles attaques de Boko Haram et la pandémie du covid 19. Toutefois, la quasi mobilisation des gouvernements dans la résorption de la crise sanitaire liée au covid 19 a laissé une fenêtre de tir importante à la secte terroriste. A ce jour, Boko Haram reste l’un des groupes terroristes les plus fermés. Outre une allégeance au groupe Etat Islamique en 2015, la secte est aujourd’hui une véritable méduse à plusieurs têtes. Entre attentats de grande ampleur et petits rapts en campagne, impossible de déterminer qui tient l’agenda et commandite les opérations au sein de Boko Haram. Ce manque de figure tutélaire complexifie toute tentative d’analyse des actions de Boko Haram. Il faut voir en ces actions terroristes d’ampleur, une volonté du groupe terroriste de frapper fort alors que les Etats sont mobilisés pour stopper la crise sanitaire.

Par ailleurs, le groupe pratiquant une stratégie asymétrique, il est facile pour lui de faire le maximum de victimes avec le minimum de logistique. C’est dire que la paralysie que peut connaitre la structure techno-militaire sur la scène internationale n’impacte pas sur les groupes terroristes du moins à court terme. Il est donc primordial pour tous les pays concernés à la fois par la crise sanitaire et les attaques terroristes de redoubler de vigilance.

 

Yves Rodrigue NOAH NOAH, Politologue