Etudiante en Coopération et Action Humanitaire à l'Institut de Relations Internationales du Cameroun (IRIC)
L’Afrique Centrale est une région marquée par de nombreuses crises. Au Cameroun, l’on distingue plusieurs ilots crisogènes, notamment au Nord-Ouest et au Sud-Ouest avec la crise sociopolitique ; dans le septentrion et à Est avec la crise humanitaire et le banditisme de grands chemins. Une telle situation commande des politiques d’urgence, lesquelles sont généralement implémentées par une dynamique d’acteurs humanitaires internationaux et infranationaux (OIG, OING, ONG, associations etc.
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Avec plus de 600 ONG, plusieurs associations et autres acteurs de la société civile, le Cameroun est devenu un théâtre d’exécution des projets de développement et d’autres initiatives pour répondre aux besoins des populations vulnérables. L’accroissement des conflits, des disparités économiques et des retards d’exécution de plusieurs de ces projets à base communautaire posent le problème de la prise en compte les dimensions techniques, stratégiques et culturelles susceptibles de consolider la pertinence des interventions humanitaires au Cameroun.
De la conception des projets de développement à base communautaire
Un projet de développement est un ensemble d’activités inter-reliées visant à atteindre des objectifs spécifiques clairement définis en fonction des moyens disponibles, et en vue d’apporter l’épanouissement des populations.
Au niveau de la phase conceptuelle, plusieurs acteurs de l’espace humanitaire se heurtent souvent à un certain nombre de difficultés. En effet, lors de la conception des projets, ce qui pose généralement problème c’est l’identification des besoins réels des personnes cibles. Il s’agit là de la distinction à faire entre un projet efficace d’un projet pertinent.
Il arrive que le besoin identifié à partir de données quantitatives diffère de celui qu’expriment les populations, alors que les résultats sont atteints dans les délais fixés. Or, une réponse à un besoin exprimé se veut pertinente. Les services offerts doivent apporter une satisfaction nécessaire aux populations et non la simple poursuite des solutions voulues et adoptées par les porteurs d’initiatives.
L’un des défis à ce titre est la concordance des actions avec l’environnement socioculturel dans lequel l’on agit. Par exemple, l’on voit qu’une ONG peut identifier un problème tel que l’accès difficile des filles aux serviettes hygiéniques en milieu rural. Si ces filles expriment plutôt le besoin de vêtements et sous-vêtements, leur fournir des serviettes serait contradictoire et un facteur d’échec du projet.
De la coordination humanitaire
Au sein de la communauté humanitaire, il est fréquent de penser que le gouvernement reste dans une interaction difficile avec d’autres acteurs, notamment humanitaires. Cela se traduit souvent par des restrictions ou tentatives d’instrumentaliser des activités humanitaires. En effet le manque de dialogue entre les acteurs humanitaires au Cameroun conduit à une politisation des informations de terrain.
Lorsque l’on analyse le phénomène du 17 Février à Bamenda ou l’Etat a déclaré la perte de cinq vies humaines suite à une explosion à Ntumbo, les Organisations de la Société Civile et ONG tels que Amnesty, Human Rights Watch ont déclaré à leur tour une disparition de près de 20 personnes. Le contraste entre ces données fragilise la conception des projets de développement en faveur des populations affectés dans les zones en crise dans la mesure où l’assistance à apporter rencontre le défi d’incompatibilité entre information ventilée et besoins réels des requérants.
La duplication des projets dans les mêmes localités, parfois en même temps, par divers acteurs civils traduit aussi l’absence de coordination sur le terrain.
Dans certaine régions à l’instar de Maroua, malgré une multitude d’ONG présentes, l’on constate une redondance aux niveaux de l’exécution des projets de développement dans cette zone. Cette superfluité est un obstacle à l’aide aux populations vulnérables dans cette région. Car, les fonds qui auraient pu être utilisés pour satisfaire d’autres besoins essentiels sont plutôt concentrés sur un seul problème et tendent ainsi à augmenter les disparités dans l’amélioration des vies humaines.
De la mise en œuvre des projets de développement à base communautaire
Pour entreprendre un projet de développement dans une communauté, il ne faut pas se limiter au simple fait de vouloir intégrer les bénéficiaires mais pousser cette intégration dès la conception et l’analyse du cadre d’exécution des projets. En effet,c projets de développement à base communautaire tendent à négliger les identités culturelles et les problèmes liés au genre au moment de leur conception pour le faire lors de l’implémentation. Dans la cas de la mise ne place des points d’adduction d’eau dans certains villages à l’Extrême-Nord pour limiter la longue marche des femmes à la recherche de l’or bleu à la rivière, l’on a constaté l’abandon très rapide de ces points d’eau par les femmes.
Car, celles-ci préfèrent aller à la rivière pour avoir assez de temps pour se raconter leurs vies et bavarder entre femmes, exprimer loin du regard des hommes leurs opinions aux différents problèmes de la communauté. Ce sont certes des variables qui pourraient paraitre dérisoires, mais dans l’évaluation de certaines actions elles sont d’une importance capitale.
Du suivi des projets de développement à base communautaire
Comme l’on peut le constater, l’abandon de plusieurs projets de développement après leur exécution est la résultante d’absence du suivi des projets.
Par conséquent, cela réduit la durabilité des impacts. Dans sa recherche, Dr. Assembe Alvine montre que certains projets comme la création des Centres Juvéniles dans la ville de Douala, ont été entièrement abandonnés et non-entretenus tout simplement parce que les porteurs du projet n’ont pas veillé au suivi de celui-ci.
Ce cas de figure peut s’observer dans d’autres localités au Cameroun.
Fasses à ces nombreuses difficultés perçues en milieu humanitaire, notamment dans le cadre des projets de développement à base communautaire, il revient pour les acteurs humanitaires (ONG, OI, Etats, Individus) d’identifier clairement les besoins réels exprimés par les populations vulnérables dès la conception des projets, créer une synergie et intensifier la coopération entre les acteurs pour réduire les disparités et assurer un impact durable de l'action. Aussi, il serait judicieux d’intégrer les réalités culturelles lors de la conception des projets.
En outre il s’agit de mettre sur pied des projets de développement pertinents, organisés, coopératifs, intégrés et durables.